La déduction de coordination, un système qui réduit votre salaire assuré
La part de salaire retirée avant le calcul des cotisations.

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Votre caisse de pension ne prend pas en compte l’ensemble de votre salaire pour calculer vos cotisations. Elle en déduit d’abord un montant fixe, appelé « montant de coordination ». Ce montant est censé représenter la partie de votre salaire déjà couverte par l’assurance vieillesse du 1er pilier. Si ce principe semble logique, il peut être pénalisant pour vous lorsque le salaire est modeste ou si vous travaillez à temps partiel.
En bref
La déduction de coordination correspond à un montant fixe, jamais un pourcentage. Elle s’élève à 26’460 CHF en 2026, ce montant est soustrait du salaire déterminant que vous travaillez à temps plein ou partiel.
Ce qui reste après cette déduction s’appelle le salaire coordonné. C’est ce montant qui sert de base au calcul de vos cotisations et, à terme, de vos prestations dans le régime obligatoire.
Le temps partiel peut être particulièrement pénalisant. Votre salaire diminue, mais la déduction de coordination ne diminue pas nécessairement dans les mêmes proportions. Résultat : votre salaire assuré peut diminuer beaucoup plus rapidement que votre rémunération.
Votre caisse de prévoyance peut prévoir des règles plus favorables que ce que prévoit le minimum légal. Certaines institutions réduisent la déduction de coordination, l’adaptent au taux d’occupation ou la suppriment complètement.
Qu’est-ce que la déduction de coordination LPP ?
Le système de prévoyance suisse repose sur trois piliers, chacun couvrant une partie des besoins liés à la retraite. L’AVS du 1er pilier couvre les besoins vitaux, tandis que la prévoyance professionnelle du 2e pilier complète cette couverture afin de maintenir le niveau de vie de la personne assurée.
Pour prévenir la double assurance d’une même partie du salaire par l’AVS et par la LPP, un montant forfaitaire est déduit du salaire annuel avant de calculer le salaire soumis à la prévoyance professionnelle.
Ce montant, appelé déduction de coordination, est fixé par le Conseil fédéral et évolue en fonction de la rente AVS maximale.
Comment se calcule le salaire coordonné ?
Calculer le salaire assuré repose sur un principe simple : on part du salaire annuel brut soumis à l’AVS et on en déduit le montant de coordination. Le résultat correspond au salaire coordonné, qui sert ensuite de base au calcul des cotisations et des prestations du régime obligatoire.
Salaire annuel brut − 26’460 CHF = salaire coordonné
Les seuils et plafonds de la LPP obligatoire en 2026
Paramètre | Montant 2026 | Rôle |
|---|---|---|
Seuil d’entrée LPP | 22’680 CHF | En dessous, pas d’affiliation obligatoire. |
Déduction de coordination | 26’460 CHF | Montant déduit du salaire annuel soumis à l’AVS. |
Salaire coordonné minimal | 3’780 CHF | Montant minimal pris en compte dans le régime obligatoire. |
Salaire coordonné maximal | 64’260 CHF | Plafond du salaire assuré dans le régime obligatoire. |
Salaire annuel maximal pris en compte | 90’720 CHF | Au-delà, la part supplémentaire n’est plus couverte par la LPP obligatoire. |
Un salarié qui touche 80’000 CHF dispose ainsi d’un salaire coordonné de 53’540 CHF, soit environ 2/3 de sa rémunération. Avec un salaire de 120’000 CHF, le salaire coordonné est plafonné à 64’260 CHF, soit un peu plus de la moitié du revenu.
Plus le salaire dépasse le plafond du régime obligatoire, plus la prévoyance surobligatoire prend de l’importance. Les conditions prévues par le règlement de la caisse deviennent alors déterminantes pour la part du revenu qui dépasse le régime obligatoire.
Temps partiel : un impact disproportionné sur le salaire assuré
Sur un salaire à temps partiel, la déduction de coordination pèse davantage. Comme son montant reste fixe, elle représente une part proportionnellement plus importante d’un salaire réduit que d’une rémunération à plein temps. L’impact sur les employés concernés se mesure dès la première année de cotisation.
Le cas de Sylvie
Sylvie travaille à 100 % et gagne 80’000 CHF. Son salaire coordonné s’élève à 53’540 CHF.
Lorsque ses parents perdent en autonomie, Sylvie décide de réduire son activité à 50 % pour pouvoir s’occuper d’eux.
Son salaire tombe à 40’000 CHF. Si sa caisse applique la déduction de coordination en entier, son salaire coordonné descend à 13’540 CHF. Son revenu est divisé par deux, mais son salaire assuré diminue de près de 75 %.
Si sa caisse adapte la déduction au taux d’occupation, celle-ci passe à 13’230 CHF et le salaire coordonné atteint 26’770 CHF, soit presque le double. Les modalités dépendent toutefois du règlement de prévoyance de la caisse.
Sur 10 ans, l’écart entre ces deux situations peut représenter plusieurs dizaines de milliers de francs d’avoir de vieillesse, selon les cotisations et les paramètres de la caisse. À terme, Sylvie peut donc percevoir une rente de vieillesse moins élevée et se retrouver avec une lacune de prévoyance, qui peut notamment être réduite par un rachat.
Les règles que votre caisse de prévoyance peut appliquer
La déduction de coordination de 26’460 CHF correspond au montant prévu par le régime obligatoire. Votre caisse de pension peut toutefois appliquer des règles plus favorables, ce qui permet d’augmenter la part de votre salaire prise en compte dans la prévoyance.
Concrètement, elle peut notamment :
- Réduire la déduction de coordination, ce qui augmente mécaniquement le salaire assuré.
- L’adapter au taux d’occupation, afin de limiter son impact sur le salaire assuré en cas de temps partiel.
- La supprimer dans le plan de prévoyance, en couvrant le salaire parfois dès le premier franc, dans le respect des exigences minimales légales.
- Assurer une part plus large du salaire que le minimum obligatoire, par exemple en intégrant certaines primes ou certains bonus dans le salaire assuré.
Le traitement applicable dépend du règlement de prévoyance de votre caisse. Deux personnes ayant le même salaire peuvent donc avoir une couverture différente selon les règles de leur institution.
Votre certificat de prévoyance présente généralement plusieurs montants, dont le salaire annoncé par votre employeur et le salaire assuré par la caisse. Comparer ces montants avec le salaire soumis à la LPP obligatoire permet de voir si votre caisse applique une couverture plus favorable que le minimum légal.
L’effet se mesure sur la carrière, pas sur une année
Un salaire coordonné réduit de moitié ne diminue pas seulement vos cotisations de l’année : il réduit aussi les bonifications de vieillesse créditées chaque année, donc l’avoir de vieillesse accumulée et, à terme, la rente qui en découlera. Les prestations futures en cas de décès ou d’invalidité peuvent également être réduites, puisque de nombreux plans les calculent à partir du salaire assuré. L’écart se creuse ainsi année après année. C’est pourquoi deux personnes ayant le même salaire peuvent, selon les règles de leur caisse de pension, arriver à la retraite avec des prestations très différentes.
Dans le cadre de notre accompagnement, nous lisons le règlement de votre caisse pour déterminer quel salaire est réellement assuré, puis nous chiffrons l’écart avec le minimum légal. Nous analysons ensuite les conséquences d’un changement de taux d’activité sur votre avoir de vieillesse, vos prestations futures et votre capacité de rachat. Vous disposez ainsi de données chiffrées avant d’arbitrer un passage à temps partiel, un changement d’employeur ou le financement d’un projet immobilier.
Une réforme toujours en discussion
La déduction de coordination est critiquée depuis longtemps, notamment parce qu’elle est défavorable pour les bas revenus et les personnes travaillant à temps partiel. Il en est de même pour les personnes qui cumulent plusieurs emplois. Les femmes sont davantage concernées, ce qui en fait un sujet de prévoyance, mais aussi d’égalité. Comme la déduction joue directement sur le salaire assuré, son fonctionnement est régulièrement remis en question. Elle fait notamment partie des facteurs qui peuvent contribuer à une prévoyance insuffisante pour les personnes à bas revenus.
La réforme de la prévoyance professionnelle soumise au vote le 22 septembre 2024 prévoyait notamment de remplacer la déduction fixe par une déduction correspondant à 20 % du salaire, ce qui aurait augmenté la part du salaire assurée dans le régime obligatoire. La réforme a été rejetée par le peuple. La déduction de coordination fixe reste donc en vigueur.
Le sujet n’est toutefois pas clos. En juin 2026, le Conseil des États a notamment chargé le Conseil fédéral d’étudier différentes pistes d’amélioration de la prévoyance professionnelle, dont celles concernant les personnes travaillant à temps partiel ou cumulant plusieurs activités. Aucune nouvelle modification de la déduction de coordination n’est toutefois entrée en vigueur à ce jour.
Questions fréquentes
Oui, dans le régime obligatoire, chaque contrat de travail est examiné séparément : le seuil d’entrée et la déduction de coordination s’apprécient pour chaque employeur. Trois emplois à 25’000 CHF annuels n’engendrent pas la même couverture qu’un à 75’000 CHF annuels. Dans le premier cas, chaque salaire est traité séparément, ce qui peut réduire fortement le salaire assuré. Une personne qui cumule plusieurs emplois peut toutefois, sous certaines conditions, s’assurer volontairement sur l’ensemble de ses salaires.
Si l’un des contrats de travail prend fin, l’avoir de vieillesse constitué dans le cadre de cet emploi doit en principe être transféré à une nouvelle institution de prévoyance ou sur un compte ou une police de libre passage. La prévoyance peut ainsi se retrouver répartie entre plusieurs institutions.
La déduction de coordination applicable dépend du plan de prévoyance de l’entreprise. Elle ne peut pas être modifiée individuellement à la demande d’un seul salarié. L’employeur peut en revanche choisir, avec les organes compétents de l’institution de prévoyance, un plan plus favorable que celui offrant le minimum légal pour l’ensemble des personnes concernées.
Pas automatiquement. Dans le régime obligatoire, la déduction légale reste un montant fixe, quel que soit le taux d’occupation. Le règlement de votre caisse peut toutefois prévoir une adaptation au taux d’activité ou d’autres modalités plus favorables.
En 2026, la déduction de coordination s’élève à 26’460 CHF. Elle correspond aux 7/8e de la rente AVS annuelle maximale, soit 7/8 × 30’240 CHF. Les montants limites de la LPP sont liés aux paramètres de l’AVS et sont adaptés lorsque les rentes AVS sont révisées.
La déduction de coordination de 26’460 CHF concerne le calcul du salaire assuré dans le régime obligatoire. Au-delà de ce minimum légal, les institutions de prévoyance disposent d’une marge de manœuvre importante et peuvent prévoir des règles plus favorables : salaire assuré plus large, déduction réduite ou supprimée, ou intégration de certains éléments de rémunération. Le traitement de la partie surobligatoire dépend donc du règlement de votre caisse.
Pour un employé avec un salaire élevé, cette distinction est importante : une part croissante de la prévoyance peut relever du régime surobligatoire, dont les prestations et les modalités sont déterminées par le règlement de l’institution.
