Retraite anticipée en Suisse : êtes-vous financièrement prêt ?
Vous pouvez commencer à percevoir votre rente AVS dès 63 ans, au lieu d’attendre l’âge de référence de 65 ans. Pour la caisse de pension, l’âge minimal dépend de son règlement : certaines permettent un départ dès 58 ans, d’autres imposent un âge plus élevé. Dans les deux cas, partir plus tôt engendre des conséquences financières et signifie généralement toucher une rente moins élevée. La préparation d’un tel projet demande de répondre à deux questions fondamentales : combien vous recevrez chaque mois, et de quelles ressources pécuniaires vous disposerez entre la fin de votre vie active et le début du versement de vos rentes.

Trois chiffres à connaître avant de décider
L’âge minimal pour percevoir une rente AVS
L’AVS peut être perçue dès 63 ans. La caisse de pension peut autoriser un départ plus tôt, parfois dès 58 ans selon son règlement. Entre les deux, vous ne percevez que la rente de votre caisse de pension, si elle prévoit un départ anticipé. Pour les femmes de la génération transitoire (nées en 1961 et 1969), l’âge de perception anticipée de l’AVS est de 62 ans.
Ce que vous perdez en partant deux ans plus tôt
Chaque année d’anticipation réduit la rente de 6,8 %. Cette réduction s’applique de façon permanente, y compris après l’âge de référence. Elle réduit également votre 13e rente de vieillesse, calculée sur le montant effectivement versé.
Ce que vous risquez de toucher sans solution de transition
Entre l’arrêt de votre activité et le début du versement de vos rentes, vous devez financer vos dépenses vous-même. Rente transitoire, anticipation de l’AVS, rachat ou épargne du pilier 3a : ces solutions doivent être prévues avant votre départ.

L’âge de départ
À partir de quel âge puis-je partir de manière anticipée ?
L’AVS et la caisse de pension ne permettent pas forcément de partir à la retraite au même âge.
Pour l’AVS, vous pouvez commencer à toucher votre rente dès 63 ans. Les femmes de la génération transitoire peuvent, selon leur année de naissance, la demander jusqu’à un an plus tôt. Depuis la réforme AVS 21, vous pouvez demander l’anticipation de la rente n’importe quel mois de l’année, entre 63 ans et l’âge ordinaire de la retraite. Par exemple, si vous choisissez de la toucher à 64 ans et 4 mois, vous n’avez pas besoin d’attendre vos 65 ans.
Pour la caisse de pension, l’âge minimal dépend du règlement de votre caisse. Il est souvent fixé à 58 ans. Certaines caisses permettent donc de prendre sa retraite avant 63 ans, tandis que d’autres prévoient un âge minimal plus élevé. Depuis le 1er janvier 2024, la loi impose au régime obligatoire de permettre un départ entre 63 et 70 ans. Certaines caisses autorisent toutefois un départ plus tôt sur la part surobligatoire.
Ce qu’un départ anticipé change à votre rente AVS
Plus vous commencez à toucher votre rente du 1er pilier tôt, plus son montant est réduit. Cette réduction est définitive : votre rente ne retrouve pas son montant initial lorsque vous atteignez l’âge de référence. Sur 25 ans de retraite, la différence peut représenter plusieurs dizaines de milliers de francs.
Pendant cette période, l’AVS ne verse pas non plus de rente pour les enfants. Si votre enfant est encore en apprentissage ou aux études, vous ne percevez donc pas cette prestation.
Les femmes nées entre 1961 et 1969 bénéficient de règles particulières depuis le 1er janvier 2025 : leur réduction est moins importante et dépend de leur revenu moyen de carrière. À l’inverse, celles qui attendent l’âge de référence bénéficient d’un supplément de rente versé à vie.
Voici l’impact de chaque date de départ pour une personne dont l’âge de référence est fixé à 65 ans et soumise au taux ordinaire.
Âge de perception | Anticipation | Réduction de la rente AVS |
|---|---|---|
65 ans | Aucune | 0 % |
64 ans | 12 mois | 6,8 % |
63 ans et 6 mois | 18 mois | 10,2 % |
63 ans | 24 mois | 13,6 % |
Ces taux sont susceptibles d’évoluer : une 3e étape de la réforme AVS 21, prévue pour le 1er janvier 2027, doit adapter les taux d’anticipation à l’espérance de vie.

La caisse de pension
Votre caisse de pension réduit votre rente de deux manières
Partir plus tôt peut avoir un effet double sur les prestations de votre caisse de pension : vous cotisez moins longtemps, donc vous accumulez moins de capital, et le taux utilisé pour convertir ce capital en rente peut aussi être plus faible.
- Vous accumulez moins de capital. Les cotisations augmentent en fin de carrière : elles représentent à minima pour la part obligatoire à 15 % du salaire assuré entre 45 et 54 ans, puis 18 % dès 55 ans. Si vous partez 3 ans plus tôt, vous renoncez à ces cotisations qui sont parmi les plus élevées de votre carrière. Le 2e pilier fonctionne selon le principe de la retraite par capitalisation : vous percevez ce que vous avez épargné, et non une somme basée sur votre ancienneté ou vos années de travail.
- Le taux de conversion peut être plus faible. Il détermine le montant de la rente versée chaque année en fonction de votre capital. Par exemple, une caisse peut appliquer un taux de 5,3 % à 65 ans contre 4,7 % à 60 ans.
À noter que le taux de conversion légal de 6,8 % ne s’applique qu’à la part obligatoire du 2e pilier et seulement si vous partez à l’âge de référence. En cas de retraite anticipée, le calcul peut donc être différent.
Le cas de Bernard
Bernard a 59 ans, gagne 110’000 CHF par an et souhaite arrêter de travailler à 62 ans pour profiter davantage de sa famille et de son temps libre. Il envisage donc de partir 3 ans avant l’âge de référence.
L’AVS ne pourra commencer à lui verser sa rente qu’à 63 ans. Il devra donc financer sa première année de retraite sans rente AVS. S’il anticipe ensuite sa rente de deux ans, celle-ci sera réduite de 13,6 %.
Sa caisse de pension autorise, elle, un départ dès 62 ans. Mais sa rente sera plus faible pour 2 raisons. Il aura renoncé à 3 années de cotisations à 18 % du salaire assuré, le taux le plus élevé de sa carrière. Puis, sa caisse appliquera un taux de conversion inférieur à celui de 65 ans, par exemple 4,7 % au lieu de 5,3 %.
Bernard doit donc prévoir une baisse de revenu pendant un an : de 62 à 63 ans, il ne percevra que sa rente LPP. Il devra probablement puiser dans son épargne de précaution pour couvrir ses dépenses.
Une retraite anticipée se prépare donc plusieurs années à l’avance. Il s’agit de vérifier que les revenus et l’épargne disponibles couvriront cette lacune de revenu sans impacter durablement son niveau de vie.
La retraite partielle, une alternative davantage viable ?
Plutôt que d’arrêter complètement de travailler, vous pouvez aussi réduire votre temps de travail et commencer à percevoir une partie de vos rentes. Depuis 2024, l’AVS et les caisses de pension permettent cette transition progressive vers la retraite. Selon votre situation, cette solution peut réduire fortement le coût d’un départ anticipé tout en vous permettant de conserver une partie de votre revenu.
Retraite anticipée complète | Retraite partielle | |
AVS | Rente réduite sur la totalité du montant dès le départ. | Vous pouvez anticiper 20 à 80 % de votre rente et toucher le solde plus tard. |
Caisse de pension | Votre avoir est converti en rente en une seule fois, avec le taux correspondant à votre âge au moment du départ. | Le départ se fait progressivement : le solde de votre avoir continue d’être alimenté tant que vous travaillez. |
Revenu | Plus de salaire dès l’arrêt de l’activité. | Vous conservez une partie de votre salaire pendant la période de transition. |
Cotisations | Vous ne versez plus de cotisations et n’accumulez donc plus de prestations de vieillesse. | Vous continuez à cotiser sur la partie de votre activité que vous conservez. |
- Côté AVS, vous choisissez la part de rente que vous souhaitez commencer à toucher, entre 20 % et 80 %. Vous ne pouvez augmenter ce pourcentage qu’une seule fois. Le solde vous sera ensuite versé en totalité. La demande se fait au moyen du formulaire de demande de rente.
- Côté caisse de pension, certaines caisses de pension permettent de prendre sa retraite en plusieurs étapes. Cela peut aussi réduire l’impact fiscal pour les résidents fiscaux suisses ou les frontaliers éligibles à la Taxation Ordinaire Ultérieur : l’impôt sur le capital étant progressif, retirer 200’000 CHF sur une année puis 200’000 CHF l’année suivante coûte moins cher fiscalement qu’un retrait unique de 400’000 CHF. Le même principe s’applique au pilier 3a, à condition d’avoir plusieurs comptes.
En réduisant progressivement votre temps de travail, vous conservez une partie de votre salaire, votre capital de prévoyance continue de se constituer et vous pouvez encore alimenter votre pilier 3a pendant quelques années. Au lieu de perdre votre revenu du jour au lendemain, vous réduisez progressivement votre activité et le montant à financer avec votre épargne.
Le besoin financier entre votre départ en retraite et la perception de la rente
Entre l’arrêt de votre activité et le début de versement de vos rentes, vous devez financer vos dépenses courantes. Il existe plusieurs solutions, mais toutes n’ont pas les mêmes conséquences financières.
- La rente pont AVS. Certaines caisses de pension versent une rente jusqu’au début de votre rente AVS. Cette prestation, aussi appelée rente transitoire, n’est généralement pas à rembourser lorsqu’elle est prévue comme telle par le règlement de votre caisse. Toutes les caisses ne la proposent pas.
- L’avance AVS. Certaines caisses peuvent vous verser à l’avance un montant équivalent à votre future rente AVS. Mais cette avance n’est pas gratuite : elle est ensuite compensée par une réduction de votre rente de caisse, jusqu’à votre décès. Plus vous vivez longtemps, plus le montant total de cette réduction peut dépasser celui de l’avance reçue.
- Le rachat pour retraite anticipée. De nombreux règlements permettent de verser un montant supplémentaire dans la caisse de pension pour compenser, en partie, la baisse de rente liée à un départ anticipé. Il s’agit d’un rachat spécifique, différent d’un rachat classique. Les conditions dépendent de votre caisse.
- Les avoirs du pilier 3a et de libre passage. Ils peuvent également servir à financer la période entre l’arrêt du travail et le début des rentes. Leur retrait est en principe possible au plus tôt cinq ans avant l’âge de référence, avec certaines exceptions. Si l’un de ces avoirs sert de garantie à votre prêt immobilier, demandez d’abord à votre banque quelles seraient les conséquences d’un retrait.
Ces solutions ne peuvent pas être combinées librement. Par exemple, si vous travaillez finalement plus longtemps que prévu, le montant d’un rachat destiné à financer une retraite anticipée peut être revu à la baisse. Quant à l’avance AVS, elle entraîne une réduction durable de votre rente de caisse.
Si vous vivez en France : trois points à vérifier
Si vous résidez en France tout en ayant travaillé en Suisse, voici 3 points à considérer.
01
Les cotisations AVS après l’arrêt du travail
En Suisse, une personne qui cesse de travailler avant l’âge de référence peut, selon sa situation, devoir continuer à payer des cotisations AVS, parfois plusieurs milliers de francs par an. Si vous cessez votre activité en Suisse et vivez en France, les règles peuvent être différentes. Ne partez pas du principe que vous devrez payer ces cotisations : faites vérifier votre situation par votre caisse de compensation avant de quitter votre emploi.
02
L’assurance maladie
Votre couverture maladie peut également changer dès la fin de votre activité en Suisse. Le statut de frontalier et le choix entre l’assurance suisse LAMal et la Sécurité sociale française sont liés à votre situation professionnelle. Si vous n’avez plus d’activité en Suisse, les règles peuvent donc changer. Vérifiez quelle couverture s’appliquera après votre départ avant de fixer votre date de retraite.
03
Le calendrier des deux retraites
Vos retraites suisse et française ne commencent pas forcément au même âge. L’âge de départ en France dépend notamment de votre année de naissance et les règles ont encore évolué en 2026. Si vous demandez votre rente suisse sans tenir compte de votre date de départ en retraite en France, vous risquez de créer une période de carence. Établissez donc un calendrier qui tient compte des deux systèmes avant de fixer votre date de départ.
Questions fréquentes
Oui. Depuis la réforme AVS 21, vous pouvez choisir de commencer votre rente jusqu’à 24 mois avant l’âge de référence, y compris seulement quelques mois à l’avance. La réduction est calculée en fonction de la durée d’anticipation : 6,8% pour une année complète, soit environ 0,56% par mois.
Les 2 systèmes fonctionnent différemment. Pour l’AVS, la réduction est fixée par la loi et reste définitive. Pour le 2e pilier, c’est les règlements des caisses de pension qui fixent leur propre âge minimal et qui cadrent les modalités. Un départ anticipé par rapport au 2ème pilier réduit le capital d’épargne et le taux de conversion, ce qui diminue la rente à vie. Une analyse comparative des deux possibilités s’impose, en tenant compte de votre budget et vos autres sources de revenus. Par ailleurs, il convient de vérifier si le règlement de la caisse de pension ne prévoit pas des modalités alternatives (comme par exemple un compte de retraite anticipée) afin de pouvoir financer éventuellement la période de transition s’écoulant entre une retraite anticipée au titre du 2ème pilier et la retraite AVS à l’âge de référence.
En effet, les cotisations AVS sont dues jusqu’à 65 ans, tant que vous résidez en Suisse et cela, même en cas de retraite anticipée. Pour les personnes qui n’ont plus de revenus professionnels, les cotisations sont alors calculées notamment sur sa fortune et ses revenus, et peuvent atteindre plusieurs milliers de francs par an. Cela étant, l’obligation de cotiser pourrait être rempli si votre conjoint travaille et verse au moins le double de la cotisation minimale. Si vous résidez en France, et ne travaillez plus en Suisse, vous n’êtes plus redevables des cotisations AVS.
Oui. Percevoir une rente AVS anticipée ne vous oblige pas à arrêter de travailler. Vous pouvez continuer une activité lucrative chez votre employeur, réduire votre taux d’activité, changer d’entreprise ou devenir indépendant. Les cotisations versées après le début de la rente peuvent être prises en compte lors d’un recalcul à l’âge de référence et, dans certains cas, permettre de combler une lacune de cotisation. La retraite partielle permet ainsi de réduire progressivement son activité tout en conservant une partie de son revenu.
Non. Une fois le premier versement effectué, l’anticipation est définitive et la réduction s’applique pendant toute la durée du versement de la rente. Si vous avez choisi une anticipation partielle, vous pouvez toutefois augmenter une seule fois la part de rente perçue, avec un délai d’annonce d’un mois. En revanche, vous ne pouvez pas revenir sur la part déjà anticipée. C’est pourquoi il est essentiel de vérifier les conséquences financières avant de déposer sa demande.
