Optimisation

Rachat du 3e pilier : combler ses lacunes, c’est enfin possible

Depuis le 1er janvier 2025, vous pouvez rattraper les années où vous n’avez pas versé le montant maximal autorisé sur votre pilier 3a. Concrètement, en 2026, vous pouvez déduire jusqu’à 14'516 CHF de votre revenu imposable : votre cotisation de l’année, plus le rachat de votre lacune 2025.

Rémi BassoDirecteur adjoint et ingénieur patrimonial

11 min de lecturePublié le 2 octobre 2026

Artisan indépendant au volant de son utilitaire

7’258 CHF

Le montant maximal de votre rachat en 2026, quel que soit votre régime de cotisation.

14’516 CHF

Ce que vous pouvez déduire en 2026 en cumulant cotisation de l’année et rachat maximal au titre de 2025.

2025

Est la première année rachetable. Tout ce qui précède est définitivement perdu.

En bref

Le rachat des lacunes n’est possible qu’après le versement intégral de votre cotisation annuelle. Il vient en complément de celle-ci et ne la remplace pas.

La demande doit être adressée par écrit à votre institution de prévoyance, en précisant les années concernées ainsi que les montants à racheter.

Chaque année de lacune ne peut être rachetée qu’une seule fois. Dès lors qu’un rachat, même partiel, est effectué pour une année, celle-ci est considérée comme clôturée : le solde non versé ne pourra plus être racheté ultérieurement.

Ce que la loi a changé depuis 2025

Le pilier 3a est la part complémentaire et facultative de votre prévoyance vieillesse, celle qui maintient votre niveau de vie à côté de l’AVS et de la prévoyance professionnelle. Il fonctionne au rythme de l’année civile. Vous cotisez avant le 31 décembre, vous bénéficiez d’une déduction fiscale. Si vous ne versez rien, vous perdez cette déduction et elle ne revient jamais.

En pratique : un congé parental, une année à temps partiel ou une formation peuvent être autant de périodes où le montant maximal du 3e pilier n’a jamais été versé.

Depuis le 1er janvier 2025, la législation a évolué : il est désormais possible de racheter ses lacunes du 3ème pilier. Cette nouvelle possibilité vient de la motion Ettlin, adoptée par les deux chambres. Le 6 novembre 2024, le Conseil fédéral l’a mise en œuvre en ajoutant les articles 7a et 7b à l’ordonnance sur le pilier 3a (OPP 3).

Les 10 ans que mentionne l’ordonnance sont une durée de validité par lacune : chaque lacune de cotisation reste ouverte au rachat pendant les 10 années qui suivent son apparition.

Année du rachat

Lacunes que vous pouvez combler

2026

2025

2027

2025 et 2026

2028

2025 à 2027

2035

2025 à 2034, soit 10 années

En pratique, la lacune de 2025 doit donc être comblée au plus tard en 2035.

Les 4 conditions à remplir pour combler vos lacunes

Les personnes qui souhaitent racheter doivent remplir ces 4 conditions ensemble, pour chaque année qu’elles veulent combler.

  • Il vous manque des cotisations sur les 10 années précédentes. Sur une année donnée, vous avez versé moins que le montant maximal applicable à votre situation, ou rien du tout.
  • Vous aviez le droit de cotiser ces années-là, et vous l’avez encore l’année du rachat. Il faut un revenu d’activité lucrative soumis à l’AVS, y compris si vous habitez hors de Suisse, et au plus tard 5 ans après l’âge de référence suisse de départ à la retraite à condition d’être encore en activité.
  • Vous avez versé toute votre cotisation ordinaire de l’année du rachat. Aucune cotisation ne peut être versée rétroactivement tant que le montant maximal annuel n’a pas été payé intégralement.
  • Vous n’avez pas encore perçu de prestation de vieillesse de votre 3a. La condition s’apprécie sur l’ensemble de vos comptes. Si vous en détenez plusieurs pour échelonner vos retraits, le premier versement de prestation de vieillesse, même sur un seul compte, ferme la possibilité de rachat sur tous les autres.

Quel est le plafond du rachat des lacunes ?

Votre rachat est plafonné à 7'258 CHF pour 2026, et c’est la même chose pour tout le monde. L'ordonnance le fixe à 8 % du montant-limite supérieur LPP, c'est-à-dire au niveau de la « petite cotisation », même quand votre cotisation ordinaire est bien plus élevée.

Un indépendant sans caisse de pension qui pouvait verser 15'000 CHF en 2025 et n'en a versé que 5'000 ne rachète pas les 10'000 CHF manquants : son plafond reste 7'258 CHF, comme celui d'un salarié affilié.

Le montant maximal du rachat correspond aux lacunes constatées sur les 10 années précédentes. Un même rachat peut combler plusieurs années. En revanche, chaque année ne peut être comblée qu’une seule fois : un rachat partiel au titre d’une année rend impossible le rachat du reliquat. Si vos lacunes cumulées dépassent le plafond, vous choisissez donc les années que vous comblez, et dans quel ordre.

Ce que le rachat vous fait économiser

Le montant du rachat réalisé est déduit de vos revenus imposables, si vous êtes résident fiscal suisse ou frontalier soumis à la Taxation Ordinaire Ultérieure (TOU).

L’économie d’impôt liée au rachat dépend de votre taux marginal d’imposition l’année du versement, et non d’un pourcentage fixe. Plus vos revenus sont élevés - par exemple grâce à une prime ou à une reprise du travail à plein temps - plus l’économie peut être importante.

Mais ce capital sera imposé au moment de sa sortie : le retrait du 3ème pilier est soumis à une imposition distincte du revenu, généralement à un taux réduit, qui varie selon le canton. Les règles de retrait et de calendrier fiscal sont donc à prendre en compte dès le départ.

Les 5 étapes du rachat

  1. Retrouvez vos attestations fiscales des années concernées. Elles indiquent ce que vous avez réellement versé. Sans elles, vous ne pouvez pas justifier le montant de votre lacune.
  2. Décidez quelle année vous comblez, et pour quel montant. Le plafond annuel de rachat vous oblige souvent à choisir. Les années que vous laissez de côté restent rachetables les années suivantes, dans la limite des 10 ans. C'est le solde d'une année partiellement rachetée qui, lui, ne se rattrape pas.
  3. Réglez votre cotisation de l’année avant le 31 décembre, puis le rachat. Les deux versements doivent être réalisés au cours de la même année civile.
  4. Demandez le rachat par écrit à votre institution de prévoyance, fondation bancaire ou compagnie d’assurance. Le versement doit être identifié comme un rachat : à défaut, votre institution le traitera comme une cotisation ordinaire.
  5. Vérifiez l’attestation que votre institution vous délivre une fois l’opération effectuée. Elle doit distinguer votre cotisation ordinaire de la cotisation versée rétroactivement.

Exemple

Marc a 58 ans, travaille à Genève et touche 95’000 CHF par an. Il cotise à une caisse de pension. En 2025, comme il avait acheté sa résidence principale, il n’avait rien versé sur son compte de prévoyance. Ses cotisations manquantes s’élèvent à 7’258 CHF pour cette année-là. En 2026 et 2027, il reconstitue lentement sa trésorerie et ne verse que la moitié du montant maximal : il a 2 nouvelles lacunes.

En 2028, sa situation financière s’améliore. Marc verse sur son 3e pilier le montant maximal de l’année, puis rachète ses lacunes. Mais sauf changement de législation d’ici là, le rachat reste plafonné à 7’258 CHF, alors que ses lacunes cumulées dépassent 14’000 CHF. Il doit donc choisir : combler intégralement 2025, ou combler intégralement 2026 et 2027, soit 3’629 CHF chacune. S’il n’affecte qu’une partie de son rachat à une année, par exemple 3’000 CHF sur 2025, les 4’258 CHF restants de cette année-là sont définitivement perdus.

Vous êtes frontalier et souhaitez faire un rachat : votre déduction dépend de votre statut fiscal.

Votre éligibilité au rachat dépend de votre affiliation à l’AVS : si votre revenu est soumis à l’AVS, vous pouvez en principe effectuer un rachat. En revanche, la possibilité de déduire ce rachat fiscalement dépend d’un autre critère : le pays dans lequel votre salaire est imposé.

Le pilier 3a est un dispositif suisse : sa déduction fiscale s’applique à un impôt suisse. Si votre salaire est imposé en France, vous pouvez bien effectuer des versements, mais vous ne pourrez pas les déduire de votre revenu imposable en France.

La situation dépend toutefois du canton. Genève relève de l’accord de 1973 et prélève l’impôt à la source. À l’inverse, huit autres cantons relèvent de l’accord du 11 avril 1983 : avec l’attestation 2041-AS remise chaque année, votre salaire y est imposé en France.

Votre situation

Où votre salaire est imposé

Rachat déductible ?

Genève, avec le statut de quasi-résident

En Suisse, puis taxation ordinaire

Oui, sur votre impôt suisse

Genève, sans ce statut

En Suisse, au barème forfaitaire

Non

Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne, Soleure ou les deux Bâle, avec attestation 2041-AS

En France

Non

Le statut de quasi-résident nécessite qu’au moins 90 % de vos revenus bruts mondiaux soient imposables en Suisse. À Genève, il doit être demandé chaque année, au plus tard le 31 mars de l’année suivante.

Si vous travaillez à Lausanne ou à Delémont et rentrez chaque soir en France, un versement sur un 3a peut alors immobiliser votre argent jusqu’à la retraite sans vous rendre éligible à une économie d’impôt.

Pouvoir racheter et avoir intérêt à racheter sont donc deux questions bien distinctes. La seconde dépend de votre situation fiscale en Suisse comme en France, et peut évoluer d’une année à l’autre.

Pour les frontaliers, le 3e pilier se joue donc sur deux plans : la possibilité de racheter et l’intérêt fiscal de le faire.

Important

Un rachat est irréversible. Si vous êtes imposé à la source et n’avez pas le statut de quasi-résident pour l’année du versement, vous risquez d’immobiliser votre capital jusqu’à la retraite sans bénéficier de la déduction fiscale qui justifiait l’opération. Et le capital restera malgré tout imposé au moment de sa sortie.

Le calendrier des démarches joue donc contre vous : le versement doit être effectué au plus tard le 31 décembre, tandis que la demande de quasi-résidence peut être déposée jusqu’au 31 mars de l’année suivante. Vous pouvez ainsi ne connaître votre statut qu’après avoir effectué le versement.

Pour un frontalier, le rachat se prépare l’année précédente.

Dans le cadre de notre accompagnement, nous examinons votre situation des deux côtés de la frontière avant de réaliser un rachat. Nous réalisations votre déclarations liées au statut de quasi-résident dans les délais prévus à Genève, puis faisons le point chaque année, car un changement de canton, de taux d’activité ou de barème peut modifier sensiblement la situation.

Pourquoi un rachat n’est-il peut-être pas la meilleure solution dans votre cas ?

  • Vous n’avez pas encore fait les versements de l’année en cours. Commencez par verser votre cotisation de l’année. L’économie d’impôt est la même, et aucun rachat n’est possible tant qu’elle n’a pas été versée en totalité.
  • Vous risquez d’avoir besoin de cet argent. Une fois versés, les fonds restent bloqués jusqu’à l’approche de la retraite. Vous ne pouvez les libérer que pour acheter votre logement, rembourser une hypothèque, quitter la Suisse ou vous mettre à votre compte.
  • Vous n’avez pas regardé vos autres piliers. Afin de réduire votre pression fiscale, d’autres solutions peuvent être envisagées. Par ailleurs, pensez à vérifier si vous n’avez pas un compte de libre passage oublié.

Questions fréquentes

  • Vous pouvez racheter si 4 conditions sont réunies : il vous manque des cotisations sur les 10 années précédentes, vous aviez le droit de cotiser ces années-là et vous l’avez encore l’année du rachat, vous versez intégralement votre cotisation ordinaire cette année-là, et vous n’avez pas encore perçu de prestation de vieillesse de votre 3a.

  • Oui. Un versement anticipé du 3a pour financer votre logement ne constitue pas une prestation de vieillesse : il ne met donc pas fin à votre possibilité de rachat. Seule la perception d’une prestation de vieillesse issue de votre 3a met un terme à cette possibilité.

    En revanche, un retrait pour le logement ne crée aucune lacune rachetable. Le rachat ne comble que des cotisations que vous n'avez pas versées : il ne permet pas de réinjecter un capital retiré. Si vous avez versé votre cotisation maximale l'année du retrait, vous n'avez rien à combler, quel que soit le montant sorti.


  • Oui, mais uniquement dans cet ordre : le rachat doit intervenir avant le retrait.

    Dès que vous percevez une prestation de vieillesse de votre pilier 3a, vous ne pouvez plus effectuer de rachat. Si vous approchez de l’âge de référence et envisagez les deux opérations la même année, veillez donc à effectuer le rachat avant tout retrait. Après le premier retrait, le rachat ne sera plus possible.


  • Un frontalier peut racheter dès lors que son revenu est soumis à l’AVS, mais il n’a droit à une déduction que si son salaire est imposé en Suisse au titre de la taxation ordinaire ultérieure (TOU). À Genève, cela suppose de bénéficier du statut de quasi-résident.

  • Non. Le pilier 3a est un dispositif suisse. Un frontalier dont le salaire est imposé en France, et travaillant dans l’un des 8 cantons de l’accord de 1983, peut verser sur un 3a sans obtenir aucune déduction française.

Sources officielles

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